Mon travail est une tentative de partager un regard.
Les sujets sont sans réelle importance, ils deviennent objet d’une attention.
Les quotidiennetés du lac, des éléments de cuisine, l’amoureux, les mains de mes ami·e·s, un verre d’eau, une plaie.
La vie au sens intime et sans éclat particulier.
C’est une manière de se mettre en scène que d’obliger ainsi le regard.
Il faut dire que c’est Catherine qui m’a initié à la quotidienneté du lac, nous ne partageons pas seulement les bienfaits de l’eau froide, elle m’initie au risque de tenter d’autres regards, de ceux qui m’échappent et me ravissent.
Retenir à tous moments, des éléments pour construire un vocabulaire qui fasse sens, plus tard. Il y a une autre chose qui m’obsède, c’est comment l’image devient objet.
Trouver une matérialité, une dimension à l’image ; pour qu’elle intègre l’espace de la chambre de Locus Solus, qu’elle cohabite avec les autres images dans une proposition cohérente, mais singulière. Je cherche quelque chose de sourd, le fond, les murs, le sol seront gris.
Imprimer des images sur le bois peint (ou pas peint) me permet d’entrer dans un personnage de faussaire, une photographe qui ferait des fausse peintures. J’émet l’hypothèse empruntée du livre de Yasushi Inoué : que, parfois, la faussaire est plus intéressante que le peintre. La pratique photographique détermine mon rapport au réel, j’ai essayé de faire de l’huile à Venise. J’en ai ramené des photographies (de peintures, bien sûr).
“Le presque-rien est ce qui manque lorsque, au moins en apparence, il ne manque rien :
c’est l’inexplicable, irritante, ironique insuffisance d’une totalité complète à laquelle on ne peut rien reprocher et qui nous laisse curieusement insatisfaits et perplexes. De quoi au juste ne sommes-nous pas satisfaits ? Pourquoi ne sommes-nous pas comblés ?”
Vladimir Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien, Tome 1. La manière et l’occasion.
Éditions du Seuil, Paris, 1980